La Polynésie française lance une coopération inédite pour la télésurveillance des patients en insuffisance cardiaque
Pirae, 3 octobre 2025 — Une avancée majeure pour la santé en Polynésie française : Une solution enfin apportée face à l’augmentation des besoins de suivi des patients cardiaques et au défi de l’accès aux soins sur un territoire dispersé comme la Polynésie française. L’UTIC et le Dr Élisabeth Orloff du Centre Hospitalier de la Polynésie française (CHPF), la société Cardidom, les Sociétés Médicales du Pacifique / SOS Oxygène (SMP SOS Oxygène), ont annoncé le déploiement d’un programme de télésurveillance médicale dédié aux patients atteints d’insuffisance cardiaque. Cette alliance vise à réunir expertise hospitalière, solution technologique et logistique de proximité pour améliorer la prise en charge de cette pathologie, première cause d’hospitalisation chez les plus de 65 ans.
Un enjeu de santé publique et d’équité
L’insuffisance cardiaque est le premier motif de consultation cardiologique urgente en Polynésie française. Pourtant, moins d’un patient sur trois comprend réellement sa maladie, et moins d’un sur deux prend correctement ses traitements.
Ce projet innovant entend changer la donne :
- 100 patients équipés d’ici fin 2025,
- 200 patients d’ici 2027,
- et à terme, un accès élargi à tout patient insuffisant cardiaque en Polynésie Française.
Pour le Dr Christophe Le Goanvic, chef du service de cardiologie du CHPF :
« L’hôpital est sous tension. La télésurveillance permet de diminuer les hospitalisations et les passages aux urgences, tout en rapprochant la médecine des patients des îles. »
Un projet structuré par un marché public
Le projet s’appuie sur un marché de location de dispositifs médicaux numériques de télésurveillance et prestations complémentaires associées lancé par le CHPF grâce au soutien institutionnel du Ministère de la Santé et de la Caisse de Prévoyance Sociale (CPS).
Ce marché prévoit :
- un appareillage complet des patients insuffisants cardiaques avec balance connectée, tensiomètre connecté, fournis par Cardidom ;
- une plateforme numérique sécurisée et application mobile de suivi pour collecter les données et déclencher des alertes en temps réel ;
- la mise à disposition, si nécessaire, de smartphones équipés d’un forfait mobile pour les patients éloignés ;
- un service infirmier assuré par SMP/SOS Oxygène pour l’inclusion, la formation et le suivi, ainsi que la maintenance et la gestion des alertes non médicales.
Les objectifs affichés sont clairs :
- réduire les hospitalisations pour décompensation,
- améliorer le suivi à distance et l’optimisation des traitements,
- renforcer l’éducation thérapeutique,
- baisser les évacuations sanitaires inter-îles (EVASAN),
- et in fine, réduire la mortalité liée à l’insuffisance cardiaque.
Un partenariat complémentaire : technologie, hôpital, terrain
Le CHPF, qui a récemment inauguré son Unité Transversale d’Insuffisance Cardiaque (UTIC), apporte la coordination clinique et l’encadrement des parcours de soins. L’UTIC centralise les prises en charge spécialisées et servira de pivot pour l’intégration de la télésurveillance dans le suivi post-hospitalier et ambulatoire.
Une solution technologique innovante
Cardidom, acteur spécialisé dans la télésurveillance de l’insuffisance cardiaque, fournit la plateforme et les dispositifs connectés nécessaires au suivi à distance. L’entreprise met en avant le potentiel de la télésurveillance sur la réduction de la mortalité et des ré-hospitalisations chez les patients insuffisants cardiaques.
‘’Chez Cardidom , nous croyons que l’innovation n’a de sens que si elle sert les patients dans leur réalité quotidienne. Nous sommes fiers d’accompagner ce déploiement de la télésurveillance médicale des patients nécessitant un suivi en insuffisance cardiaque dans tous les archipels de la Polynésie française’’ déclare Guillaume Sanchis, Directeur Général de Cardidom.
Le rôle moteur du CHPF et du Dr Orloff
Le déploiement s’appuie sur l’expertise du service de cardiologie du CHPF et sur l’engagement du Dr Élisabeth Orloff, cardiologue au CHPF, qui a participé à d’autres avancées cardiologiques récentes en Polynésie. Son implication clinique garantit l’adaptation des protocoles de télésurveillance aux spécificités locales (isolement géographique, profils comorbides, littératie numérique).
« En Polynésie, les distances ne doivent plus être un frein à la santé. Grâce à la télésurveillance médicale, nous pouvons suivre nos patients, même sur les îles les plus reculées », explique le Dr Élisabeth Orloff, cardiologue au CHPF et moteur du projet.
Des équipes paramédicales locales
Pour assurer la continuité des soins à domicile sur l’ensemble du territoire, SMP SOS Oxygène apportera son savoir-faire logistique et paramédical grâce à leurs services infirmiers (approvisionnement, installation des dispositifs, maintenance et assistance des patients). Partenaire local déjà bien implanté dans la zone Pacifique, SMP SOS Oxygène est capable d’assurer une intervention de proximité essentielle dans un archipel.
« Notre équipe s’assure au quotidien de l’utilisation des dispositifs connectés afin de permettre aux patients de se sentir soutenus, même dans les archipels les plus éloignés. Nous avons également mis à disposition des questionnaires traduits en réo tahiti et marquisien afin d’optimiser les ressentis » affirme Sarah Issarthial, Directrice de SMP/SOS Oxygène
TO OE EĀ TA MATOU MATAMEHAI !
Quand la tradition rencontre l’innovation : le témoignage de Teiva
Le premier patient inclus, Teiva, 64 ans, originaire de Huahine, illustre la portée concrète du dispositif. Depuis plus de dix ans, il vit avec un cœur fragile et des décompensations répétées. Comme beaucoup de Polynésiens, il ne possédait pas de téléphone personnel.
Aujourd’hui, grâce au projet, il est équipé d’une balance connectée et d’un smartphone avec l’application de suivi fourni par Cardidom. SMP/SOS Oxygène l’accompagne via des questionnaires et des échanges en tahitien.
« Enfin, quelqu’un me parle dans ma langue », confie-t-il. Chaque matin, depuis son fare, Teiva transmet ses données de santé. À 200 km de Papeete, il est suivi comme s’il était à l’hôpital.
« Mon cœur est polynésien, mais maintenant il est aussi connecté », résume-t-il avec émotion.
Bénéfices attendus et perspectives
Les bénéfices attendus sont multiples : détection précoce des décompensations, diminution des ré-hospitalisations évitables, optimisation du parcours de soins et amélioration de la qualité de vie des patients. À l’échelle du territoire polynésien, la télésurveillance devrait aussi permettre d’atténuer les inégalités d’accès aux spécialistes et d’alléger la pression sur les structures hospitalières. Les études et retours d’expérience nationaux cités par les opérateurs montrent des réductions significatives de morbi-mortalité lorsque la télésurveillance est bien intégrée dans un parcours de soins multidisciplinaire.
Conclusion
La coopération entre le CHPF, Cardidom et SMP/SOS Oxygène représente une étape pragmatique et structurée vers la modernisation du suivi des patients insuffisants cardiaques en Polynésie française.
En conjuguant savoir médical, technologie numérique et enracinement culturel polynésien, ce projet ouvre une voie nouvelle : celle d’une santé connectée, accessible et humaine, au service des patients les plus fragiles.